sOLidaire à Berlin
Berlin et les vestiges du foot en RDA
Après Stuttgart et Munich (avec notamment la visite de l'Allianz Arena, nos globes trotters se retrouvent dans la capitale Allemande : Berlin. Récit sur la découverte de cette étonnante ville et de ce qui reste du championnat Est Allemand :
Vendredi, nous avons passé une grande partie de la journée dans le train, pour rejoindre la capitale, Berlin...
Arrivés à la gare centrale aux alentours de 16h, il nous faut plus d'une heure pour gagner notre hôtel, à l'Est de la ville : le temps de se repérer dans cette immensité, de jauger l'itinéraire, de traîner nos énormes malles dans les différentes stations de métro, et de pester contre ces maudits escalators en panne... Berlin, c'est tout de même dix fois la superficie de Paris.
La soirée nous permet d'humer l'ambiance de la ville, bien différente de celle de la Bavière. Les larges avenues de la partie orientale de la capitale sont bordées de bars tous plus biscornus les uns que les autres, dans lesquels les petits salons intimistes se succèdent. Fauteuils et canapés en velours et en sky, tapisseries délavées et tableaux décalés confèrent à l'ensemble une atmosphère étonnement familière...
Samedi matin, nous rejoignons Frank Willmann, écrivain berlinois qui s'intéresse à tout ce qui est culture alternative dans la capitale allemande. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le foot et l'hooliganisme en Allemagne de l'Est.
A vrai dire, cette rencontre, nous la devons avant tout à Mathias, rencontré à Stuttgart, alors que l'on regardait le 8ème de finale aller contre le Barça. C'est lui qui le premier m'a parlé des rivalités footballistiques qui existaient à Berlin, avant la chute du mur. C'est aussi lui qui m'a parlé du magasine 11 Freunde, équivalent allemand de Sofoot, et dans lequel était paru, il y a quelques mois, un article sur le sujet.
Le reste, c'est Evgenia (ERAI Stuttgart) qui s'en est chargée : elle a contacté la rédaction du magazine, qui l'a orientée vers l'écrivain...
C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés, samedi matin, dans une salle omnisport avec Frank Willmann, à quelques mètres seulement des vestiges du mur de Berlin. A la fin d'un petit tournoi de foot entre amis, l'auteur nous a consacré une heure, pendant laquelle nous nous sommes rendus notamment à l'ancien stade du BFC Dynamo.
Rapide mise en bouche, rapport au foot en Allemagne de l'Est : dans les années 1940, le grand club de Berlin était l'Union 06 Oberschöneweide. Après la partition de l'Allemagne, en 1949, le club se divise en deux. L'Union 06 Berlin, basé à l'Ouest, continue à attirer les foules de l'Est de la ville et à briller le temps d'une décennie, jusqu'à la construction du mur, avant de sombrer rapidement dans l'anonymat. De l'autre côté de la ville, le SG Union Oberschöneweide devient en 1966 le modeste FC Union Berlin. Soutenu par les syndicats, il joue un rôle mineur dans le foot est-allemand, mais il reste LE club populaire de Berlin, le club des travailleurs et de la jeunesse.
Le BFC Dynamo, quant à lui, est officiellement né en 1966. Dix fois champion d'Allemagne de l'Est entre 1979 et 1988, le club était soutenu par le Ministère de l'Intérieur et par la Stasi (police secrète de la RDA) dont le chef, Erich Mielke, assistait à tous les matchs. Selon Frank Willmann, les meilleurs joueurs de l'Union Berlin étaient transférés vers le BFC sur décisions politiques, ce qui a contribué à créer une grande rivalité, souvent violente, entre les supporters des deux clubs. Les joueurs du Dynamo jouissaient de nombreux avantages par rapport à leurs rivaux : salaires, voitures de fonction, voyages vers la mer du Nord, etc.
La chute du mur sera cependant fatale au BFC. Ses meilleurs joueurs partent jouer à l'Ouest, l'eldorado, tandis que les sponsors se défilent. L'image de « club de la police » lui colle à la peau et le Dynamo dégringole progressivement pour évoluer aujourd'hui en 5ème division. L'entité conserve à l'heure actuelle une image très négative au sein de la population berlinoise. Pendant de nombreuses années, une frange de hooligans était liée au club et lui permettait de vivre. Le nouveau président a cependant fait le « ménage » et l'équipe est aujourd'hui en tête de son championnat.
L'Union Berlin végète quant à lui dans le ventre mou de la deuxième division allemande, avec les deux seuls autres clubs d'Allemagne de l'Est encore professionnels à l'heure actuelle (le Hansa Rostock et l'Energie Cottbus). La chute du mur, « ce fut la mort du foot d'Allemagne de l'Est », selon Frank Willmann.






